Ils étaient 9 frères et soeurs. Ils venaient tous de la communauté juive de Kaluszyn, une petite ville à 70km à l’est de Varsovie. Adèle et Jules son mari sont arrivés les premiers en France, un peu avant la guerre de 14, après un premier séjour en Angleterre. Une fois installés, une fois la guerre passée, ils ont fait venir la famille, petit à petit. D’abord Henri et Hélène, les frères et soeurs les plus âgés. Puis les plus jeunes, Charles, José, Michel, Rose, Anna et la petite dernière Germaine, à peine plus âgée que la fille d’Adèle… Et enfin leur mère.
C’était l’eldorado. Tous arrivaient pauvres et affamés, pleins d’espoir d’une vie nouvelle. Intégrés, installés, Adèle, puis Henri et enfin Hélène et leurs familles respectives, ont obtenu leur naturalisation au début des années 20 et sont devenus Français.
Puis la guerre est arrivée. José a été arrêté le premier en mai 1941. Rose, Charles… leurs conjoints et leurs enfants ont été arrêtés en juillet 1942, pendant la rafle du Val d’Hiv. Michel a été arrêté en 1943… Hélène et son mari en 1943 également, dans un train qui les remontait de Nice, occupée par les Allemands…
Tous sont morts à Auschwitz. Disparus… Sur les neuf enfants de la fratrie, seuls cinq ont survécu.
J’ai reconstitué cette histoire bribe par bribe, comme un puzzle, que le temps, les ruptures familiales, les secrets ont embrouillé. Aujourd’hui, il est important de restituer cette histoire, même avec ses manques et ses zones d’ombres. Bientôt les enfants de ceux qui ont disparu auront totalement disparu à leur tour. Et cette histoire s’effacera… Ce blog est là pour recueillir tout ce que je sais et conserver la trace des disparus.